J’ai écouté l’entrevue d’Éric Caire à Larocque-Lapierre un peu plus tôt aujourd’hui (vidéo ici, avancez de 12 minutes). Il était question de la possibilité de créer un parti politique mettant de côté le débat souveraineté versus fédéralisme. Éric Caire a décrit l’option souverainiste et l’option fédéraliste comme étant deux options sans aboutissement à court terme. Il a aussi dit que ni une option, ni l’autre, n’a de chance de se réaliser à court terme. Ah bon, moi je pensais que le Québec faisait présentement parti de la fédération canadienne…
Évidemment, l’option fédéraliste, telle que défendue par le PLQ, est le statu quo. Elle est déjà réalisée. Éric Caire en est certainement conscient. Je présume donc qu’il a voulu dire autre chose que le sens littéral peut donner à ses propos. Il a probablement voulu dire que ni une option, ni l’autre, ne pourra convaincre l’ensemble de la population à court terme. Ce qui est une évidence. À court terme, le tiers de la population restera souverainiste.
Alors, comment mettre de côté le débat sur la souveraineté? Comment créer une coalition de souverainistes et de non-souverainistes de centre-droit? On comprend le pourquoi d’une telle coalition. Le problème est sur le comment.
À prime abord, je vois deux façons d’aborder le comment :
- Soit le nouveau parti ferme la porte à toute discussion sur la question, ce qui implique que les souverainistes devront accepter de tabletter leur option au moins jusqu’à la fin d’un premier mandat au pouvoir;
- Soit le nouveau parti reste ouvert à la discussion, permettant aux membres de s’afficher publiquement comme étant souverainistes ou non et adoptant une politique de vote libre sur cette question.
Le problème avec la façon #1 est qu’on demande aux souverainistes de faire un compromis, mais qu’est-ce que les non-souverainistes pourraient bien offrir en échange? La neutralité implique nécessairement le statu quo, à moins que le nouveau parti adopte une approche autonomiste. Mais comme nous l’avons vu avec l’ADQ, cette approche n’est pas gage de succès.
La façon #2 comporte aussi son lot de problèmes. La population demandera aux candidats s’ils sont souverainistes ou non. Est-ce qu’on permettra une aile souverainiste dans le parti? Une aile souverainiste risquerait de faire dévier les débats. Je vois mal comment on pourrait mettre de côté le débat sur la souveraineté avec une aile souverainiste. Sans compter la question du chef? Cette question risquerait de se poser pendant une course à la direction. [Note : Ceci dit, dans tous les scénarios, je crois qu'il vaudrait mieux établir des bases solides avant de penser à se trouver un chef.]
Peu importe comment on organise le parti, il faudra des lignes directrices claires. Je crois que c’est aux souverainistes à nous éclairer sur la question. Dans quelles conditions accepteriez-vous de former une coalition avec des non-souverainistes? La question est lancée… la balle est dans leur camp. Personnellement, je suis non-souverainiste, alors il est difficile de me mettre dans leurs souliers.
Finalement, il y a deux autres questions à examiner quant à la création d’un nouveau parti. D’abord, il y a la question des accommodements raisonnables. D’après moi on devrait la mettre de côté, mais on en reviens aux mêmes problèmes que pour la question de la souveraineté ci-dessus.
Ensuite, il y a l’île de Montréal. Voici le résultat des dernières élections provinciales sur l’île de Montréal et à Laval :

Source : http://en.wikipedia.org/wiki/File:Quebec2008.PNG
On voit clairement que les résultats sont coulés dans le béton sur l’île de Montréal, sauf pour quelques circonscriptions au centre. Cette situation a terriblement nuit à Montréal dans les dernières décennies. Montréal est négligée au profit du 450 et des régions. Cette situation découle directement du débat sur la souveraineté. Il faudra donc penser à Montréal lors de la création d’un nouveau parti. Ce nouveau parti ne peut pas se permettre de laisser de côté Montréal, alors que c’est la région administrative qui a le plus souffert du débat sur la souveraineté.