Nommer les choses
J’ai critiqué dans mes billets récents l’obsession des étiquettes à l’ADQ. Voici une définition du mot étiquette :
Au fig. Appellation, terme générique qui classe la manière de penser, d’agir ou d’être d’une personne, ou d’un groupe de personnes. [Source : CNRTL]
Certains adéquistes refusent d’être étiquetés comme fédéralistes ou souverainistes. Sauf qu’en refusant à tout prix d’être décrit comme des fédéralistes, ces adéquistes ont dû créer une nouvelle étiquette : autonomiste. Or, ce n’est pas en créant une troisième étiquette qu’on peut être clair sur une question de base qui se répond par oui ou non!
C’est donc avec grand plaisir que j’ai entendu Joanne Marcotte dire en entrevue avec Jeff Fillion aujourd’hui (audio ici) :
Le parti de l’ADQ, c’est un parti fédéraliste qui prône une plus grande autonomie pour le Québec.
C’est clair, précis et sans ambiguïté. Le mot fédéraliste est utilisé ici comme signifiant « vouloir rester dans le Canada » et non comme une étiquette (trop souvent utilisée avec une connotation négative) qui ne veut rien dire.
Je suis d’accord avec Joanne Marcotte. Il faut être capable de nommer les choses et arrêter d’utiliser « l’étiquette de la troisième voie ».
Toujours dans la même entrevue, Joanne Marcotte et Jeff Fillion ont tous les deux mentionnés ne pas être intéressés par le débat constitutionnel. Je peux comprendre. Le débat constitutionnel est monopolisé depuis des années par les souverainistes. La preuve? Le blogue que vous êtes en train de lire. FruitMûr.ca est le seul blogue non-souverainiste abordant les questions constitutionnelles. Sauf que contrairement à certains souverainistes, je ne dis pas que le débat constitutionnel doit éclipser tout le reste. Je dis plutôt qu’il faut être capable de marcher et mâcher de la gomme en même temps.
Donc, « Le parti de l’ADQ, c’est un parti fédéraliste qui prône une plus grande autonomie pour le Québec. »
Tiens, en voilà une découverte! Il me semble que depuis près de 70 ans, et l’Union Nationale de Maurice Duplessis et le Parti Libéral du Québec prônent la même chose: Un Québec fort dans un Canada uni.
« Il faut être capable de nommer les choses » comme vous dites. L’ADQ ressemble ainsi à un parti de bretteux…
01 juil 2009 @ 20:00
Hum. Vu de la manière dont le voit M. Plante le présente, on se demande bien en quoi la position constitutionnelle de l’ADQ apporte quelque chose de neuf. La menace de tenir un référendum en cas de refus du fédéral et voilà un parti édenté dont la position ressemble à s.y méprendre à celle du PLQ.
05 juil 2009 @ 20:07
Évidemment, il faudra développer davantage. Mais à la base, l’ADQ ne peut pas être vague quant à son intention de rester dans le Canada ou non. Être fédéraliste ne veut pas nécessairement dire être pour le statu quo.
05 juil 2009 @ 20:38
« Tiens, en voilà une découverte! Il me semble que depuis près de 70 ans, et l’Union Nationale de Maurice Duplessis et le Parti Libéral du Québec prônent la même chose: Un Québec fort dans un Canada uni. »
en gros, ça, ça signifie « on reste dans le canada, mais on va faire mieu pour nous même »
l’autonomie c’est vouloir changer la fédération en CONfédération, et que TOUTES LES PROVINCES soit autonome, Québec compris
06 juil 2009 @ 14:05
- Le parti de l’ADQ, c’est un parti fédéraliste qui prône une plus grande autonomie pour le Québec.
- C’est clair, précis et sans ambiguïté.
Sans ambiguïté? Je n’en suis pas certaine.Tant que vous laisser l’autre le droit de vous refuser à ce à quoi vous aspirer, vous êtes dépendant.
Pour vous paraphraser, voici une définition du mot autonomie, telle que le définie mon dictionnaire Druide:
« Droit d’un pays de se gouverner seul. Ou encore: « Liberté, indépendance matérielle, intellectuelle ou morale d’une personne, d’une collectivité, d’un organisme »
Comme vous dites: « il faudra développer davantage ». Ce qui revient à dire que vous ferez encore toute une série de circonvolutions intellectuelles. Alors, si vous êtes incapable de marcher vers où vous désirez aller, il ne vous reste plus qu’à mâcher votre gomme seul dans votre coin.
@ Oliver Labbé. Fédération vs confédération. Vous vous enfargez dans les fleurs du tapis. On ne peut tout de même pas lutter pour affranchir des provinces qui le le veulent pas!
06 juil 2009 @ 14:38
@ Olivier Labbé
Tant et aussi longtemps que Gilles Taillon n’aura pas expliqué son concept de confédération, je vais me demander s’il est pour la souveraineté-association :
http://www.fruitmur.ca/2009/05/29/ladq-favorable-a-la-souverainete-association/
@ Annie Dauphinois
« Sans ambiguïté? Je n’en suis pas certaine.Tant que vous laisser l’autre le droit de vous refuser à ce à quoi vous aspirer, vous êtes dépendant. »
Dois-je comprendre que vous êtes souverainiste?
Oui, il faudra développer davantage. Mais surtout, il faudra être clair. Est-ce qu’on veut que le Québec devienne un pays, ou est-ce qu’on veut rester dans le Canada? Le problème des adéquistes, c’est qu’ils n’avaient pas une position claire sur cette question. Tout comme sur l’échiquier gauche-droite. C’est donc dire que l’ADQ n’était ni capable de marcher, ni capable de mâcher de la gomme!
« On ne peut tout de même pas lutter pour affranchir des provinces qui le le veulent pas! »
Il faut aussi arrêter de penser que les conflits de juridiction affectent seulement le Québec. Vous connaissez probablement les critiques venant de l’Ouest et de Terre-Neuve-et-Labrador. Mais saviez vous que le gouvernement de l’Ontario a un site Web dans lequel il explique que les Ontarien(ne)s sont traités inéquitablement par le fédéral?
http://www.fairness.ca/
Il faut donc créer des alliances avec les autres provinces pour faire pression sur le fédéral. Lucien Bouchard était toujours collé sur Mike Harris… deux provinces qui représentent 60 % de la population canadienne, c’est très significatif.
06 juil 2009 @ 15:10
- Dois-je comprendre que vous êtes souverainiste?
Oui. Mais que je le sois ou pas, ça ne fait pas grand différence: On peut difficilement se reconnaître dans un parti qui veut le beurre et l’argent du beurre. Idem pour son programme économique et social: une chatte y perdrait ses petits. Désolé, mais le centre est déjà largement occupé par le PLQ (fédéraliste réclamant plus d’autonomie pour le Québec) et le PQ (souverainiste, mais en attendant le grand jour, réclamant plus d’autonomie pour le Québec).
Pour ce qui est des conflits de juridiction des provinces avec le fédéral, ce n’est que de la rhétorique pour valider votre point de vue. Mis à part quelques poussées de fièvre conjoncturelle, les autres provinces s’accommodent bien du régime fédéral et ce n’est pas demain que le champion toute catégorie de demandes de rapatriement de pouvoirs, de champs de compétences, de points d’impôts, (nommez-les!) qu’est le Québec, sera menacé. Est-ce que vous voyez poindre la moindre velléité autonomiste dans le ROC?
07 juil 2009 @ 6:55
@ Annie Dauphinois
Je suis d’accord avec votre premier paragraphe. La course à la direction de l’ADQ est le moment pour ce parti de se redéfinir.
Quant aux conflits de juridiction des autres provinces avec le fédéral, ils sont bien réels. Voici quelques exemples récents :
- L’Alberta réclame 700 millions $ de plus pour le Transfert canadien en matière de santé. L’Alberta voudrait recevoir le même montant par habitant que les autres provinces. Présentement, l’Alberta reçoit 542 $ par habitant, alors que les autres provinces reçoivent 754 $.
http://www.law.ualberta.ca/centres/ccs/news/?id=294
- Un travailleur ou une travailleuse au chômage en Ontario reçoit 4630 $/an de moins que ce que touche en moyenne les chômeurs des autres provinces. L’Ontario estime recevoir 2,1 milliards $ de moins que ce qui lui reviendrait.
http://www.fairness.ca/french/ei/
- Gordon Campbell, premier ministre de la Colombie-Britannique, demande des réformes en matières d’assurance-emploi. Il dit entre autre que l’assurance-emploi ne devrait pas être utilisé comme moyen de faire de la péréquation. Il parle même d’un « fédéralisme fracturé ».
http://www.theglobeandmail.com/news/national/bc-premier-leads-charge-on-ei-overhaul/article1186417/
http://cnews.canoe.ca/CNEWS/Politics/2009/06/19/9866441-cp.html
- Toronto a demandé au fédéral que la part du Fonds de stimulation de l’infrastructure qui lui revient puisse être utilisée pour payer 1/3 du remplacement de ses vieux tramways (un contrat de 1,2 milliards $ avec Bombardier). Qu’est-ce que le Ministre des Transports fédéral John Baird avait à dire d’intelligent à ce sujet? « They should fuck off. » Toronto a dû doubler son budget pour ses tramways.
http://www.thestar.com/News/Canada/article/647684
http://www.thestar.com/News/GTA/article/657203
Ce n’est que quelques exemples. Il y en a pleins d’autres. Bien sûr, les autres provinces ne crient pas aussi fort que le Québec. Mais c’est loin d’être l’harmonie.
07 juil 2009 @ 14:27
Ce dont vous faites la démonstration, c’est que les autres provinces désirent plus d’argent. Pas surprenant par les temps qui courent. Le Québec fait de même. Et ce n’est qu’un retour de balancier pisque le fédéral, depuis une quinzaine d’années, a mené sa lutte au déficit sur le dos des provinces et des chômeurs. Alors, on peut toujours présenter sa liste d’épicerie quitte à essuyer un refus.
Cependant, ça n’a rien à voir avec ce que décrit Mme Dauphinois, à savoir les « demandes de rapatriement de pouvoirs, de champs de compétences, de points d’impôts » qui vont avec. Un exemple? Un titre du Devoir de ce matin:
- Agence pancanadienne des valeurs mobilières – Québec prend la voie des tribunaux –
C’est presque rien, me direz-vous. Ce n’est pas une question d’argent, ou si peu. Surtout pas de quoi réclamer un référendum sur l’indépendance du Québec. Mais voilà. Au Québec, les trois principaux partis sont unanimes et ne veulent pas céder sur ce point et pour les raisons qu’évoque le ministre Béchard. De plus, vous pourriez être assuré qu’après dix ans d’exercice d’une telle agence, on apprendrait par un rapport du Commissaire aux langues officielles, que la direction de ladite agence se fout du fait français dans sa gestion quotidienne tout comme au sein de ses instances administratives.
Alors supposons que le gouvernement du Québec (tous partis réunis) se fasse varloper par la cour, celle-ci rendant une décision favorable au fédéral. Le PLQ baissera la tête. Après tout, c’est un parti fédéraliste. Le PQ quant à lui, placera cette décision au bilan du fédéralisme inquisiteur dans la perspective d’un autre référendum -car on le sait depuis 1995, même des dixièmes de part de vote peuvent avoir leur importance entre une victoire ou une défaite – et continuera la lutte politique. Et l’ADQ, quant à elle? Que fera l’ADQ? Ça on ne peut pas en être certain car entre la résigantion et la révolte il n’y a pas grand place pour la vision autonomiste. De facto, c’est ça la troisième voie.
Mais pour l’essentiel, je suis d’accord avec vous: il faut que ce parti se branche.
09 juil 2009 @ 11:16
@ Pierre Desroches
Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas qu’une question d’argent. Personnellement, je suis pour l’autonomie financière des différents paliers de gouvernement, ainsi que pour un respect des compétences législatives (qui devraient être mieux définies). Dans le cas des compétences, les provinces ont des recours devant les tribunaux si une loi fédérale est ultra vires, mais ce n’est pas le cas pour les questions d’argent (pouvoir fédéral de dépenser). Tant qu’une loi n’est pas inconstitutionnelle, les tribunaux ne peuvent rien faire.
Pour ce qui est des valeurs mobilières, voilà ce qui arrive quand on a peur de toucher à la Constitution. S’il n’y a que le Québec et l’Alberta qui s’y opposent, pourquoi le fédéral ne propose-t-il pas une modification constitutionnelle? Étant donné qu’il s’agit d’une compétence législative provinciale, le Québec et l’Alberta n’aurait qu’à adopter une résolution de désaccord avant la proclamation afin que la modification ne s’appliquent pas à eux. Plus de détails sur la question dans ce billet :
http://www.fruitmur.ca/2009/06/23/commission-nationale-des-valeurs-mobilieres/
09 juil 2009 @ 18:24
Ouains, c’est pas clair votre affaire. Vous admettez d’une part que certains adéquites sont, soit fédéraliste, soit souverainistes. Et puis, après avoir exprimé votre grand plaisir d’entendre Marcotte affirmer que l’ADQ est un parti fédéraliste, vous y allez de votre profession de foi.
C’est pas si simple. Moi je suis fédéraliste à condition que ça marche. Et je suis prêt à y mettre de la bonne volonté. Mais si le fédéral s’entête à ses visées centralisatriste, fuck l’autonimisme. S’il faut répondre oui ou non à l’indépendance, j’affirme dès maintenant que je vais voter pour l’indépendance.
Il vous arrive de vous relire? Votre texte est alambiqué au possible. Vous semblez, vous aussi, zigonner dans le manche. Nous aussi, on veut bien rester dans le Canada à condition de ça marche. Sinon, on n’aura pas besoin de m’indiquer la porte de sortie.
09 juil 2009 @ 18:37
@ Yan Levasseur
« Vous admettez d’une part que certains adéquites sont, soit fédéraliste, soit souverainistes. »
J’ai écrit : « Certains adéquistes refusent d’être étiquetés comme fédéralistes ou souverainistes. »
En fait, j’aurais pu écrire que la plupart des adéquistes refusent ces deux étiquettes et se disent plutôt autonomistes. Or, « autonomiste » est aussi devenu une étiquette, qui a été imprimée sur TOUTES les politiques de l’ADQ (pas seulement sur les questions constitutionnelles). L’autonomie du Québec, l’autonomie des hôpitaux, l’autonomie des écoles, l’autonomie des régions, l’autonomie des municipalités, l’autonomie des familles, l’autonomie des personnes, etc. Un peu plus et on nous parlait de l’autonomie des champs de blé d’Inde…
J’aime bien l’idée de l’autonomie financière des paliers de gouvernement, sauf que l’autonomisme de l’ADQ est devenue une étiquette qu’on a collée partout, inventée pour se distinguer des deux autres partis. L’important, ce n’est pas les étiquettes, c’est les idées.
10 juil 2009 @ 20:00