Le « Nouveau pacte » de Gilles Taillon

by Steve | 29 août 2009 | ADQ, Autonomie, Déséquilibre fiscal, Empiètement fédéral, Fédéralisme

Gilles Taillon lançait sa plateforme lundi dernier, mais ce sont plutôt les commentaires de M. Taillon sur « l’agressivité » d’Éric Caire au débat de dimanche dernier qui ont fait les manchettes. Bref, on peut donc parler d’un lancement raté.

Examinons tout de même le contenu de sa plateforme sur l’autonomie politique :

Pour sortir de l’impasse et renouer avec la fierté, j’entends demander aux Québécois un mandat fort pour signer avec le gouvernement fédéral un nouveau pacte de nation à nation qui comprendra les axes suivants :

  • Le respect intégral des compétences du Québec tel que définies à la constitution canadienne ;
  • Le retrait volontaire du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans les champs de compétences du Québec, un article appelé à être enchâssé dans un accord constitutionnel ;
  • Le règlement de déséquilibre fiscal persistant dans le domaine de l’enseignement postsecondaire et dans le secteur social ;
  • La transformation du « transfert social canadien » actuellement versé sous forme de subventions en points d’impôts au Québec.
  • Le retrait progressif du Fédéral des subventions dans le domaine culturel québécois et la remise des budgets fédéraux de ces programmes au gouvernement du Québec.

J’ai plusieurs problèmes avec cette approche. D’abord, il y a cette idée de négocier de nation à nation, comme si le problème constitutionnel n’était qu’entre Québec et Ottawa et que le reste d’un Canada formait un bloc uniforme. La plateforme de M. Taillon mentionne pourtant que « même si le Canada va bien économiquement, il est dysfonctionnel au plan politique : le Reform de l’Ouest, le Bloc au Québec, l’autonomie de Terre-Neuve, autant de manifestations d’insatisfaction qui conduisent souvent à des gouvernements minoritaires ». Il reconnaît que le Canada est dysfonctionnel d’un océan à l’autre, mais la solution qu’il propose est un pacte entre Québec et Ottawa. Il y a là une contradiction énorme.

Quiconque comprend la procédure de modification de la Constitution du Canada sait que de tels changements au niveau constitutionnel impliquent des négociations avec les autres provinces. Le « Nouveau pacte » de Gilles Taillon s’apparente davantage à une série d’ententes administratives, ce qui n’est pas sans rappeler l’approche des libéraux.

L’autre problème avec l’approche Taillon, c’est qu’il propose « un nouveau pacte », comme si on devait absolument tenter de régler tous les problèmes en même temps. Cette approche est la même que pour Meech et Charlottetown, où on a tenter de régler une multitude de problèmes avec un seule entente. Or, plus le projet est gros, plus le risque d’échec est grand. Il vaudrait mieux tenter de négocier plusieurs petits projets de modification constitutionnelle séparément. Bien qu’il y aurait quelques échecs, ils seraient beaucoup moins dommageables. L’important, c’est qu’il y ait des réussites. C’est cette approche qui devrait, à mon avis, être privilégiée. Il faut arrêter de voir le problème constitutionnel comme étant uniquement l’affaire du Québec. Si on veut évoluer dans le Canada, on doit plutôt forger des alliances avec les autres provinces.

Je suis tout de même heureux de voir que Gilles Taillon aborde la question, contrairement à un autre candidat qui fait tout pour l’éviter. Même si je ne suis pas d’accord avec l’approche de M. Taillon, les axes qu’il soulève sont des plus intéressants.

2 commentaires

2 commentaires

  1. Jean Dumas

     »contrairement à un autre candidat qui fait tout pour l’éviter »

    Vous parlez sans doute de Christian Lévesque. Je suis malgré tout d’accord avec lui. Pour faire image je crois qu’il n’est guère temps de travailler sur la clôture lorsque la maison brûle.

    Je pense que nous pouvons faire une pause dans notre psycho-drame national pour nous concentrer sur de meilleurs écoles et de meilleurs hopitaux.En continuant ce sempiternelle débat, nos nous privons constamment de la moitié des forces vives du Québec et nous avons besoin de tous pour ces défis….

    Puis en plus , notre non-présence sur la constitution relève de plus d’une imposture:

    http://www.politicoblogue.com/la-nuit-des-longs-couteaux-un-mythe-a-deboulonner.html

    29 août 2009 @ 19:54

  2. RÉJEAN LANGLOIS

    La course à la chefferie de l’ADQ se fait à trois candidats et chacun présente sa plate-forme. J’ai le sentiment qu’il y ait tendance à vouloir sortir du cadre du programme que les membres de L’ADQ se sont donné au cours des années. Plus que jamais, le Québec a besoin d’un REDRESSEMENT au niveau de l’application des programmes politiques qu’il s’est donné depuis 40 ans, soit depuis la révolution tranquille mis en place par Jean Lesage. Lors des assises de l’ADQ au cours des dix dernières années, les vrais membres de l’ADQ ont établi une philosophie et des règles dans le d’améliorer la qualité de vie de la société québecoise et je crois qu’il est important que chacun des candidats véhicule leurs messages en fonction du programme de l’ADQ qui dans son ensemble favorise dans un premier temps un REDRESSEMENT d’application et d’organisation des politiques du Québec. Une économie forte, une éducation bien structurée, un système de santé efficace et une grande fierté de notre communauté.

    18 sept 2009 @ 11:07

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