Le PQ et l’ADQ ont déjà mentionné vouloir adopter une Constitution québécoise. J’examinerai cette idée de plus près. Mais d’abord, il faut faire un survol très rapide de quelques concepts, en commençant pas la suprématie de la Constitution du Canada. La Loi constitutionnelle de 1982 énonce que :
52. (1) La Constitution du Canada est la loi suprême du Canada; elle rend inopérantes les dispositions incompatibles de toute autre règle de droit. [...]
(3) La Constitution du Canada ne peut être modifiée que conformément aux pouvoirs conférés par elle.
Le Parlement et les législatures sont souverains dans leurs compétences législatives, dans les limites imposées par la Constitution du Canada. Le principe de souveraineté parlementaire implique qu’un parlement ne peut se lier pour l’avenir. Une loi ordinaire adoptée dans le passé peut toujours être modifiée ou abrogée dans le futur. Par exemple, l’Assemblée nationale peut modifier la Loi sur l’équilibre budgétaire…
Toutefois, il semble reconnu au Canada qu’un parlement peut se lier à l’avenir pour les aspects qui concernent la procédure d’adoption des lois, mais non pour les aspects substantifs.
Une loi a un statut quasi constitutionnel lorsqu’on ne peut y déroger, à moins de le mentionner expressément dans une loi. L’exemple le plus connu est la Charte des droits et libertés de la personne du Québec [ci-après Charte québécoise]. L’article 52 de la Charte québécoise indique que :
52. Aucune disposition d’une loi, même postérieure à la Charte, ne peut déroger aux articles 1 à 38, sauf dans la mesure prévue par ces articles, à moins que cette loi n’énonce expressément que cette disposition s’applique malgré la Charte.
Ainsi, on ne va pas à l’encontre du principe de souveraineté parlementaire. Si un parlement décide à l’avenir d’adopter une loi qui déroge expressément à une loi quasi constitutionnelle, il peut le faire, mais il aura à se justifier devant l’opinion publique.
Le statut quasi constitutionnel d’une loi peut être inscrit dans une loi (comme la Charte québécoise) ou être reconnu par les tribunaux. Notons qu’une loi quasi constitutionnelle peut toujours être modifiée ou abrogée à l’avenir comme une loi ordinaire.
Les lois organiques sont des lois ordinaires régissant les organes de l’État (e.g. Loi sur l’Assemblée nationale), incluant les lois quasi constitutionnelles. Ces lois sont de nature constitutionnelle, mais n’ont pas la même rigidité que la Constitution du Canada, puisqu’elles peuvent être modifiées comme des lois ordinaires.
La « constitution de la province »
Les provinces ont toujours eu compétence exclusive depuis 1867 pour modifier la constitution de leur province, sauf en ce qui concerne la charge de lieutenant-gouverneur. Certaines dispositions de la Loi constitutionnelles de 1867 concernant les constitutions provinciales sont ainsi devenues périmées suite à l’adoption de certaines lois organiques provinciales. Par exemple, les dispositions de la Loi constitutionnelle de 1867 concernant le Conseil législatif du Québec sont devenus périmés après que cette chambre haute (un genre de sénat) fut abolie par une loi québécoise.
Constitution québécoise
Le Québec ne serait pas la première province à adopter une constitution provinciale identifiée comme telle. La Colombie-Britannique a une telle loi (Constitution Act, 1996), qui énonce les pouvoirs et règles régissant les branches législatives et exécutives de la province. Cette loi peut évidemment être modifiée comme n’importe quelle autre loi de la Colombie-Britannique.
L’ex-député péquiste Daniel Turp (battu par Amir Khadir de Québec solidaire aux dernières élections) a déposé un projet de Constitution québécoise à l’Assemblée nationale en 2007. Une telle loi aurait un statut quasi constitutionnel. J’ai deux problèmes avec ce projet de Constitution. Premièrement, l’institution d’une citoyenneté québécoise, qui créerait un dédoublement inutile. Deuxièmement, l’inclusion des articles 39 à 48 de la Charte québécoise (droits économiques et sociaux), qui aurait pour effet de leur donner un statut quasi constitutionnel. Outre ces deux bémols, je n’ai rien contre le projet de Daniel Turp en tant que tel.
Mais ce projet de Constitution québécoise est plutôt symbolique, il ne réglerait aucun problème constitutionnel abordé sur le présent blogue. Donc, je crois qu’il vaudrait mieux se concentrer sur les problèmes découlant de la Constitution du Canada.